La protection de l'environnement est un sujet majeur au coeur d'une actualité bouleversée par de nombreuses catastrophes naturelles, conséquences de l'intervention de la main de l'homme sur Dame Nature ou pas. C'est dans ce contexte actuel que la distillerie Saint-Aubin sort de son silence et montre "patte verte" : un travail eco-friendly entamé il y a maintenant quelques années. Un engagement social et environnemental fort entrainant une multitude d'effets positifs sur leurs rhums. Charles Guimbeau, directeur général de la distillerie s'est prêté au jeu de répondre à nos questions. 

 

Depuis quand la distillerie Saint Aubin a décidé sa démarche écologique ?

Saint Aubin a entamé une démarche d'agriculture raisonnée depuis de nombreuse années. En 2015 nous avons intégré le fair trade pour nos champs de canne. Ce dernier impose certaines normes, tant au niveau du type de fertilisants ou autres produits utilisés qui sont vraiment limités. Par ailleurs, il y a un suivi sur les conditions de travails des travailleurs, sur leur materiel ect. Cependant, le fair trade n'impose pas des pratiques bio. Depuis un an, nous avons décidé d'aller plus loin avec le développement de certains terrains sous canne ayant vocation à devenir bio. Cela est un long processus (4ans environ) et qui nécessite de revoir l'approche culturale très rigoureuse. Cela a évidemment un coup car nécessite plus de main d'œuvre.

 

Qui a pris cette décision ?

La décision a été prise par le CEO, Eric Guimbeau qui souhaitait trouver des solutions pour notre secteur cannier, qui souffre d'un prix du sucre très faible. Nous voulons devenir éco-responsables, et le fair trade est une première étape avant de prétendre au bio. Nous avons une vision qui est basée sur le respect de la nature avec des produits authentiques et nous voulons vraiment investir dans ce secteur. L'entreprise produit également du thé (Bois Cheri) et aucun pesticide ou herbicides ne sont appliqués. C'est donc une culture d'entreprise que nous souhaitons continuer à développer, comme le zéro plastique.

 

Quels sont les traitements qui ont été supprimés ?

Comme expliqué, le fair trade interdit la plupart des herbicides, pesticides et les fertilisants sont également très contrôlés. En agriculture bio, il faut évidemment aller plus loin, en supprimant toute forme d'apport chimique. C'est toute une mise en place qui est nécessaire, avec un système de drainage de l'eau, de culture en interligne pour éviter l'épuisement du sol et l'apport d'azote. C'est pour cela que ce genre de transition doit se faire par étapes.

 

La qualité s'en ressent- Elle ?

Définitivement. Lorsque nous coupons certains champs à faible apport de pesticide, la qualité du jus s'en ressent, et forcement le rhum. Pour le moment nous n'avons pas assez de recul sur le bio pour nous prononcer, mais il suffit de voir ce que fait Neisson pour constater que le goût est impacté. Cela est logique, le produit est beaucoup plus sain, naturel. Les saveurs ne peuvent qu'être sublimés. Cela prend du temps à être mis en place mais c'est passionnant.

 

Avez-vous un objectif ?

Nous n'avons pas la prétention de faire toutes nos terres sous cannes devenir bio pour le moment. Notre objectif est d'arriver à produire des rhums authentiques, tout en respectant la terre. Avoir quelques parcelles bio serait déjà super mais nous savons que le chemin sera long. Mais entre le conventionnel et le bio, il y a de nombreux palliés à franchir et nous avons déjà progressé dans la bonne direction.

 

D'autres distilleries vous ont elles suivi ?

Plusieurs planteurs font aussi parti du fair trade, mais il n'y a pas de rhum bio à l'Ile Maurice. Je ne pense pas que l'idée soit de copier qui que ce soit, chaque distillerie à Maurice essaye de produire un rhum de qualité. Je ne saurais vous dire si les autres distilleries ont des pratiques d'agriculture raisonnée. Mais par rapport à certaines distilleries de l'Ile, notre avantage est d'être un single estate, donc de maitriser notre processus de production de A à Z, en partant de la culture de la canne. Nous savons exactement quelle canne se retrouve dans nos cuves de fermentation. Cela est quand même un gage de qualité.

 

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Propos recueillis par Phillipe pour Aurelie Flammang